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Journal de voyage d’un parrain et d’une marraine à Madagascar

Mai 2011

 

Nous voilà partis à bord des deux 4L de l’Association pour assister à un goûter dans le quartier auquel est rattachée notre filleule Christelle. Après une dizaine de minutes de route en direction du sud dans les faubourgs de Diego, la 4L s’engage dans un chemin de terre puis s’arrête après quelques centaines de mètres. Nous descendons et sous la conduite de Fara et d’Isabelle nous nous engageons sur un sentier ombragé et incertain pour arriver au cœur du quartier.

 

Première vision à l’entrée du quartier : un point d’eau et un plan de travail improvisé sur lequel des femmes font la lessive. Puis nous découvrons une placette entourée de cases en bois sous tôle plutôt misérables. On pourrait penser qu’il s’agit de constructions informelles que les occupants ont dressées là avec les moyens du bord. Erreur ! Les occupants ne sont que locataires et doivent s’acquitter d’un loyer ! 

Des nattes sont étendues par terre sur lesquelles ont pris place une quarantaine d’enfants, sages et disciplinés, qui ont laissé leurs savates à l’écart. Chacun a une assiette devant lui. Sous l’œil vigilant d’un groupe de mamans, ils mangent consciencieusement leur pain avec une portion de fromage et une banane.

 

 

Notre arrivée suscite bien sûr la curiosité, et tous les regards convergent vers nous. Notre filleule Christelle est au milieu du groupe. Premiers regards. Elle a l’air bien moins embarrassée que nous, et se lève pour venir nous saluer. Bises. Sourires. Photos. Séquence émotion…Sa grand-mère est là aussi. Bis repetita !

Ces distributions de goûters ont lieu 2 fois par semaine : cela fait une moyenne de 4600 goûters par mois ! L’organisation est bien rôdée : remise le matin au siège de l’Association de la dotation du quartier aux mamans référentes, à qui a également été confié un jeu d’assiettes. L’après-midi rassemblement des enfants et distribution du goûter dans des conditions aussi salubres que possible. Le tout fait avec un souci constant d’assurer la traçabilité de l’opération : pointage à la remise et fourniture d’une liste d’émargement qui sera checkée lors de la distribution.

 

 

Les enfants ont terminé leur goûter, les assiettes sont ramassées. Tout ce petit monde s’égaye autour des « vasaha » (nous, les étrangers). Sourires, photos, éclats de rire…

Il est temps pour nous de reprendre notre route. Nous devons ramener Christelle et sa grand-mère chez elles, car elles nous font l’honneur de nous y recevoir. Les gamins nous accompagnent jusqu’aux 4L dans un joyeux brouhaha et nous voilà repartis.       

Chez Christelle

Nous traversons à nouveau des faubourgs de Diego. Direction Ramena, c’est-à-dire de l’autre coté de la baie. De larges bas-cotés empoussiérés bordent la route au revêtement inégal, voire incertain... Beaucoup de monde à pied. Quelques pousse-pousse qu’il faut dépasser : les transports de marchandises dont Amédée nous disait qu’ils étaient de plus en plus nombreux. La route est bordée d’une succession de constructions en dur et d’autres en bois sous tôle en piteux état. De nombreux étals proposent des fruits et légumes, mais aussi de la viande : la chaine du froid n’est ici qu’un vague concept…

Premières conversations avec Christelle et sa grand-mère. Christelle, intimidée, ne comprend pas toujours nos questions. Sa grand-mère comprend parfaitement le français et traduit sans coup férir.

La santé ? Ça va. L’école ? Ça va. Elle habite très loin de l’école ? Ça va. A chaque fois Christelle nous répond avec son grand sourire lumineux.

Au bout d’un moment, les constructions s’espacent et nous nous retrouvons en surplomb de la baie de Diego, avec un aperçu sur le Pain de Sucre. Nous sommes loin du quartier où nous avons partagé le goûter avec les enfants.

Christelle a été délaissée par ses parents et ce sont ses grands parents qui s’occupent d’elle. Auparavant, ils vivaient dans le quartier où nous les avons rejoints pour le goûter. Mais son grand père a perdu son emploi. Il a retrouvé un job de gardien dans ce quartier plutôt « résidentiel », mais éloigné, où il veille sur la maison d’un « vasaha » qui y vient une semaine par an environ. Nous accédons par un chemin à peine carrossable et devons finir à pied les 100 derniers mètres : une 4L n’est pas un 4x4…

 

 

Au milieu d’une grande cour trône une grande bâtisse carrée au ton ocre, sans caractère. Toute en rez-de-chaussée, une large varangue carrelée l’entoure. 

Le sol de la cour est brut, et dans un coin une cabane en tôle ondulée : la maison des grands parents de Christelle.

Une pièce d’environ 10m², plus un petit débarras. Le tout est monté sur une dalle en béton : c’est déjà ça… Les parois ne sont pas doublées : l’ossature en bois, plutôt légère à mon sens est apparente. Une chance : les tôles ont l’air récentes et ne sont pas rouillées ni ne semblent percées.

Dans la pièce, 2 fauteuils en bois font face à l’entrée. Sur un coté, un grand lit pour les grands parents. Dans un coin, un matelas qui est déroulé à terre chaque soir pour Christelle. De l’autre coté, un plan de travail improvisé qui reçoit quelques maigres ustensiles de cuisine. Au sol une grande bassine peine d’eau et un bidon. Pas d’eau courante : il faut aller la chercher au seau un peu plus haut. Et c’est payant ! Mais un point lumineux : branchement pirate ?

Le grand père nous attendait. Présentations. On nous fait l’honneur des lieux. Bien sûr, nous devons prendre les fauteuils.

Remise du cadeau à Christelle. Sourires, remerciements et bises : nouvelle séquence émotion…Puis déballage et découverte du contenu.

Que pouvons-nous offrir à ces enfants qui évoluent dans un autre monde que le nôtre et pour lesquels on a envie de donner le meilleur ? Un i-pod ? Une console de jeu ? Non, ce serait une erreur.

Grâce à la clairvoyance de Gisèle, nous avons opté pour un livre de belles histoires qui font rêver les petites filles, des feutres de couleur et un cahier de dessin. Mais aussi des douceurs : quelques bonbons (que les dentistes nous pardonnent…) mais en petit conditionnement pour que ça puisse durer et être partagé.

A priori, nous avons vu juste. Christelle semble ravie, sa grand-mère aussi. Les sourires éclairent les visages. Tout le monde semble être heureux de partager ce moment présent. Nous, comme les autres.

 

 

Nous conversons, posons des questions pour essayer de mieux se connaître. Originaire de Tana, le grand père est venu sur Diégo pour le travail. Sans doute à l’époque glorieuse de la ville. Mais maintenant, il n’y a plus de travail…ils ont eu plusieurs enfants. Sept me semble-t-il. Tous sont partis. Nous ne savons pour quel avenir. Sauf que le papa de Christelle serait parti chercher du travail dans le sud et que la maman aurait quitté le pays. La famille semble éclatée sous le poids de l’adversité.

Le grand-père garde cette villa pour 50 000 Ariary par mois. La grand-mère garde des enfants dans leur ancien quartier pour 30 000 Ariary par mois. Au total 80 000 Ariary par mois pour le foyer, soit autour de 30€.

Et puis vient la question de savoir s’ils arrivent à se nourrir correctement.

Maladresse. Moment de gêne. Sujet délicat nous dit Isabelle.

Alors on passe à autre chose. Mais en fait ils n’ont pas de quoi manger forcément tous les jours, et cela les touche dans leur dignité.

Puis vient le moment de repartir. L’après-midi est bien avancé. DehorsChristelle nous montre sa richesse : contre la paroi de la cabane un minuscule clapier avec 2 lapins. Mignons, mais qui finiront à la casserole un jour de fête… 

Bises, poignées de main, encouragements. Le lien est créé : nous serons passés du lien virtuel au lien réel avec cette famille, grâce à la magie du contact. Ils feront maintenant partie de notre vie comme nous ferons également partie de la leur je pense.

Et l’on se dit à Samedi, car nous retrouverons Christelle et sa grand-mère pour une après-midi « manège ».

 

 

De retour vers la ville et en route vers la Maison d’Accueil Temporaire, le moment que nous venons de vivre nous hante. Le stade extrême de la précarité que nous venons de toucher du doigt nous révolte quelque peu.

« On va leur faire un colis alimentaire tous les mois » dit Gisèle. Première réaction à chaud qu’il faudra canaliser : nous ne pourrons en faire qu’un tous les trimestres, conformément aux règles de l’Association, mais ce sera fait. Nous nous interrogeons également sur le « vazaha » propriétaire qui laisse prospérer une telle situation de misère dans sa cour. « Il pourrait au moins leur fournir l’eau » me dis-je.

Mais je me reprends : s’abstenir de juger quand on ne connaît pas.

Jean-Yves et Gisèle, parrain et marraine de Christelle, Réunion, juin 2011.  

Lire l’intégralité du témoignage (format PDF) : 

 

 

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